Zoom-santé Le cannabis, l’héroïne, la cocaïne, l’ecstasy, l’alcool, la nicotine, certains médicaments… Tous ces produits sont des substances psychoactives... autrement dit des drogues. Il ne s’agit pas de savoir si l’une est plus dangereuse que l’autre… si l’une est « douce », l’autre « dure »… si les unes sont légales, les autres sont illégales… Une seule réalité est reconnue par tous les consommateurs, leur famille et leurs amis, et les médecins : tous ces produits sont dangereux pour la santé du consommateur (et son entourage…) car ils ont une même cible dans l'organisme humain : le cerveau, plus particulièrement les structures cérébrales regroupées sous le nom de "système de récompense". Les substances psychoactives sollicitent anormalement ce circuit naturel et engendrent à terme la possibilité de son déséquilibre permanent. Les informations transitent dans le cerveau entre neurones voisins, au niveau des synapses, par l'intermédiaire de neurotransmetteurs, dont surtout : - la dopamine, un neurotransmetteur inhibiteur impliqué dans le contrôle du mouvement et de la posture, et qui module l'humeur ; la dopamine joue un rôle central dans le renforcement positif (la recherche de la substance orientée par la recherche du plaisir qu’elle procure) et la dépendance.
Remarque : la perte de dopamine dans certaines parties du cerveau est à l'origine de la maladie de Parkinson. - la sérotonine, qui régule la température, le cycle veille/sommeil, l'humeur, l'appétit et la douleur ; certains déséquilibres de la sérotonine seraient à l'origine de la dépression, du suicide, de comportements impulsifs et de l'agressivité.
- les endorphines, qui calment la douleur.
Il est établi que toutes les substances psychoactives qui déclenchent la dépendance chez l'homme augmentent directement ou indirectement la quantité de dopamine dans une zone précise du cerveau, le noyau accumbens, qui fait partie du "système de récompense". Cette action a pour conséquence un épuisement des stocks de ce neurotransmetteur. Le mode d'action des substances psychoactives sur la transmission synaptique varie selon le produit. - les substances dont la structure moléculaire est proche de celle du neurotransmetteur peuvent se fixer à la place de celui-ci sur le récepteur postsynaptique.
- les produits agonistes imitent les effets du neurotransmetteur naturel : la morphine, par exemple, (ou l'héroïne transformée dans le cerveau en morphine), prend la place de l'endorphine, calmant ainsi la douleur ; la nicotine prend la place de l'acétylcholine.
- au contraire, les produits antagonistes empêchent l'action du neurotransmetteur naturel : par exemple, l'alcool bloque les récepteurs à sérotonine et à glutamate, diminuant ainsi l'activité neuronale, ce qui explique son effet sédatif. (en même temps l'alcool amplifie l'action d'un autre neurotransmetteur, le GABA, sur des synapses inhibitrices).
- certaines substances psychoactives s'opposent à la recapture du neurotransmetteur naturel par le compartiment présynaptique et augmentent ainsi sa concentration dans la fente synaptique, prolongeant et amplifiant son action : la cocaïne, par exemple, se fixe sur les enzymes de la fente synaptique chargés de détruire le neurotransmetteur naturel, et empêche ainsi la recapture ; cette action a lieu au niveau des synapses à dopamine, à sérotonine, et à noradrénaline, ce qui explique l'euphorie (dopamine), le sentiment de confiance (sérotonine) et d’énergie (noradrénaline) typiques de la prise de cocaïne ; l'ecstasy s'oppose à la recapture de la sérotonine et, dans une moindre mesure, de la dopamine.
Les caractères de la toxicomanie (tolérance, dépendance psychique et physique…) découlent de ces actions. La tolérance correspond au mécanisme d’adaptation de l’organisme au produit psychoactif. Elle peut s'expliquer de plusieurs manières : - lorsqu'une cellule est bloquée, elle finit par contourner ce blocage et le compenser grâce à un sur-fonctionnement. Quand la substance psychoactive bloquante est éliminée de l'organisme, la cellule continue à sur-fonctionner, et il faut pour la bloquer, une dose plus importante de drogue.
- la "sur-activation" des récepteurs post synaptiques peut engendrer un ralentissement du fonctionnement de ceux-ci (transmission du potentiel d'action), ou une baisse de leur renouvellement, donc une diminution de leur nombre. Une plus grande quantité de substance psychoactive est donc nécessaire pour obtenir une stimulation équivalente : le seuil de stimulation est plus élevé, mais la quantité de produit dans l’organisme est dangereusement augmenté.
Dans certains cas, l'augmentation de la dose active (le seuil de tolérance) s'accompagne de l'augmentation de la dose létale (la dose qui provoque la mort). Dans le cas des opiacées (opium, morphine, héroïne…) la dose létale varie peu. La dose active peut alors atteindre la dose létale : c'est l'overdose. En d'autres termes, l'organisme s'accoutume aux effets à court terme de la substance psychoactive, mais ne s'accoutume pas toujours à sa toxicité. Le phénomène de tolérance suppose que le produit en question provoque une dépendance, c'est à dire un besoin compulsif et irrépressible pour l'utilisateur de consommer la substance. La dépendance peut être psychique ou physique ou les deux à la fois. Dans la dépendance physique, lorsque le consommateur ne dispose plus du produit, l'organisme a besoin du produit, il le "réclame" à travers des symptômes qui traduisent un état de manque, encore appelé un syndrome de manque. Douleurs dans le cas de opiacés, tremblements pour l'alcool, l’irritabilité, la nervosité pour le tabac ou le cannabis… L'usage chronique de cocaïne habitue le cerveau à maintenir un niveau élevé de plaisir, associé à l’élévation artificielle du taux de dopamine dans ses circuits de la récompense. La membrane post-synaptique s’adapte même à ce taux élevé de dopamine en synthétisant de nouveaux récepteurs. Lorsque l'apport extérieur de cocaïne cesse, et que le taux de dopamine diminue, cette sensibilité accrue provoque une dépression et un sentiment de manque. Dans le cadre d’une désintoxication, de sevrage, un apport de substance permet de limiter l’effet de dépendance physique (patch de nicotine pour le tabac, ingestion de méthadone pour l’héroïne). Dans la dépendance psychique, le consommateur est dans l’impossibilité de se passer du produit. Il présente une envie de se procurer le produit. Ainsi, dans le cas du tabagisme, les patchs sont un moyen de lutte contre la dépendance physique en libérant dans le sang des doses contrôlées de nicotine. La lutte contre la dépendance psychique passe par le dépassement des habitudes : la manipulation de l’objet « cigarette », les associations café – cigarette à la fin d’un repas, la pause de 5 min. entre amis fumeurs… Le même principe existe avec l’alcoolisme : la molécule « alcool » provoque une dépendance physique, mais sa consommation conduit à une dépendance psychique, plus difficile à dépasser : la consommation d’alcool est banalisée dans nos sociétés, elle est associée à des événements de fêtes ou de convivialité. Dépasser ces aspects est alors d’autant plus difficile pour le consommateur dépendant des produits psycho-actifs. Au-delà des complications biologiques, la consommation de substances psychoactives, quel que soit son type, peut être à l’origine de difficultés sociales, familiales et bien sûr financières : un cercle vicieux dont le consommateur tient à la fois un rôle de bourreau et de victime. Remarque : Les substances psychoactives peuvent également être employées en thérapeutique, pour leurs effets bénéfiques : par exemple, la morphine, des antischizophréniques ou neuroleptiques, des anxiolytiques, des antidépresseurs… Pour en savoir plus : Le cerveau à tous les niveaux" http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_03/a_03_cr/a_03_cr_que/a_03_cr_que.html www.drogues.gouv.fr - Brochure « Drogues, savoir plus risquer moins, drogues et dépendances le livre d’information »
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