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L'EPO, dopant, hormone ou médicament ?

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Régulièrement associée aux affaires de dopage, particulièrement dans les disciplines d’endurance (l’athlétisme de fond, le cyclisme, le football, le hockey, la natation, le ski de fond), le sigle EPO signifie érythropoïétine.
L’érythropoïétine est avant tout une hormone, de nature protidique, formée par 165 acides aminés. Elle est sécrétée par le cortex de nos reins, et dans une moindre mesure par notre foie. La cible de cette hormone est la moelle osseuse hématopoïétique, présente en particulier au niveau du sternum et des os iliaques. L’EPO stimule la production des érythroblastes, et leur différenciation en érythrocytes. Chaque globule rouge est très riche en hémoglobine qui fixe le dioxygène. Aussi, en augmentant le nombre de globules, l’EPO augmente la quantité d’hémoglobine et donc la quantité de dioxygène transporté par le sang. Sa sécrétion est régulée par la pression partielle en dioxygène (PO2) : quand l’O2 diminue, la production d’EPO augmente. Ainsi, d’une manière naturelle, la proportion de globules rouges augmente dans le sang d’un organisme qui séjourne en altitude où la PO2 est plus faible. Le plus grand nombre de « transporteurs d’O2 » contribue à compenser la rareté en dioxygène disponible dans l’environnement.
Il a fallu attendre1983 pour qu’un laboratoire pharmaceutique américain réussisse à produire une EPO de synthèse (dite exogène). En 1985, le gène humain de l'EPO est isolé sur le chromosome 7. Grâce aux méthodes de génie génétique, dès 1988, le même laboratoire met sur le marché l'érythropoïétine recombinante humaine (rhu EPO). Depuis, celle-ci est utilisée comme traitement dans de nombreux cas d'anémie chronique 1 :

  • des patients atteints d’insuffisance rénale chronique : sans érythropoïétine, ils devraient être transfusés deux à trois fois par semaine.
  • certains patients en attente d'opération programmée : l’EPO est souvent utile pour pouvoir prélever au patient suffisamment de sang pour l’autotransfusion pendant l’intervention
  • les patients souffrant d’un cancer : l’anémie chronique est un effet secondaire de la chimiothérapie. L’EPO relance la production de globules rouges.

Malheureusement, les connaissances médicales sont détournées de leurs usages.
Aucun risque quand les sportifs avant une compétition font des stages d’entraînement en altitude. D’autant que pour être efficaces, ces séjours doivent être prolongés, et leur effet est bref.
En revanche, d’autres pratiques sont dangereuses. Dès 1988, les premières ampoules d'EPO sont détournées de leur usage thérapeutique alors que des expériences montrent que la performance sportive est améliorée de 10 à 20% avec EPO… En 1994, les premières affaires éclatent… En 1996 , un certain Bjarne Riis, vainqueur du Tour de France est surnommé “Monsieur 60%”, allusion à son hématocrite 2 situé 15 à 20 points au dessus de la valeur moyenne ! Le 25 mai 2007, il reconnaît s'être dopé à l'EPO… Si le cyclisme est mis en avant, encore à ce jour, tous les sports d’endurance sont concernés par l’utilisation de l’EPO.
Au delà de l’éthique, de l’esprit sportif, le dopage est dangereux. Son utilisation par le sportif est strictement interdite. Mais pourquoi ?
En augmentant le nombre de globules rouges, l’EPO augmente l'apport de dioxygène aux muscles, repousse la sensation de fatigue, diminue les temps de récupération. Mais, les effets secondaires ne doivent pas être oubliés : la polyglobulie rend le sang plus visqueux, les risques de boucher les vaisseaux sont amplifiés. Pour fluidifier le sang, des substances aux propriétés fluidifiantes sont ajoutées… Pour ne pas détecter l’EPO, des produits masquants sont injectés… À court terme, des effets nocifs apparaissent : une thrombose, une hypertension artérielle, des infarctus cérébraux et myocardiques, des embolies pulmonaires… Depuis la mise sur le marché de l’EPO, de trop nombreux cas de décès sont recensés chez les sportifs pratiquant des sports d'endurance… alors qu’ils étaient jeunes et en bonne santé apparente.
À long terme, les médecins redoutent un dérèglement des mécanismes naturels de l’hématopoïèse, un développement de maladies auto-immunes par production d’anticorps anti-EPO par l’organisme, de cancers rénaux (le rein produit l’EPO naturelle), sans oublier le risque de contracter des maladies infectieuses comme des hépatites ou le sida, si les aiguilles sont partagées.
En France, l’EPO n’est pas délivrée en pharmacie sur simple ordonnance médicale. Seules les pharmacies hospitalières détiennent de l'EPO. Cette difficulté à se procurer l’EPO suscite un marché parallèle avec vols et trafics avec les pays limitrophes (l'Italie, la Belgique, le Portugal) plus laxistes en la matière.

1 L’anémie est la diminution de la capacité à transporter le dioxygène, par défaut de fer et/ou d’hémoglobine et/ou d'hématies.
2 L’hématocrite est la proportion du volume des érythrocytes par rapport au volume total du sang. Sa valeur physiologique est d'environ 45% chez l'homme.

Pour en savoir plus :

- le site de la cité des Sciences et de l’Industrie : http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?langue=fr&id_article=8423

- une émission de radio canadienne : http://archives.cbc.ca/IDCC-0-60-1008-5947/sports/dopage_sport/

- le site de l’AFSSAPS sur des traitements à base d’EPO : http://agmed.sante.gouv.fr/htm/10/eprex/sommaire.htm

Source : http://www.dopage.com/cas-dopage/erythropoietine-85-73-5.html
Mise à jour le Samedi, 12 Avril 2008 09:54
 
 

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